limitarse para crecer - se limiter pour grandir - to put limits to grow

-français en bas-

-English text at the end-

-Español-

A primera vista, la idea de que limitarse es crecer puede sonar contradictoria. En una época que valora el “todo es posible”, el “hazlo todo” y el “no te pongas límites”, hablar de límites parece casi una invitación a la renuncia. Sin embargo, cuando miramos la experiencia humana con un poco más de profundidad, aparece otra verdad: no todo límite empobrece; algunos límites, por el contrario, ordenan, sostienen y permiten el crecimiento.

Cuando hablamos de limitarse, no nos referimos a resignarse ni a achicar los deseos. Se trata más bien de reconocer una realidad básica: podemos con muchas cosas, pero no con todas al mismo tiempo. El psiquismo humano tiene recursos finitos de energía, atención y disponibilidad emocional. Freud ya hablaba de la economía psíquica para referirse a cómo nuestra energía mental se distribuye y se agota. Cuando intentamos abarcar demasiado, esa energía se dispersa, y lo que aparece no es el crecimiento, sino el cansancio, la frustración y, muchas veces, la sensación de estar siempre “a medias”.

En la vida cotidiana esto se ve con claridad. Hay momentos en los que queremos rendir al máximo en el trabajo, cuidar nuestras relaciones, entrenar, estudiar, emprender nuevos proyectos, estar disponibles para los demás y, además, hacerlo todo bien. El resultado suele ser una agenda llena y una sensación interna de vacío o agotamiento. Limitarse, en este contexto, no significa abandonar, sino elegir. Elegir qué es prioritario ahora, qué puede esperar y qué merece nuestra inversión real de tiempo y energía.

Donald Winnicott hablaba de la importancia de un entorno “suficientemente bueno”. No perfecto, no ilimitado, sino lo bastante estable y claro como para permitir el desarrollo. Algo similar ocurre con nuestras elecciones: cuando el campo es demasiado amplio, se vuelve caótico; cuando se delimita, se vuelve habitable. En otras palabras, crecer no siempre implica sumar, sino a veces restar.

Un ejemplo sencillo ayuda a entenderlo. Si tienes ganas de comer comida italiana, ¿qué lugar elegirías? ¿Un restaurante especializado en cocina italiana o uno que ofrece, al mismo tiempo, platos italianos, griegos, españoles y franceses? La mayoría de las personas optaría por el primero. No porque el segundo sea necesariamente malo, sino porque la especialización transmite coherencia, claridad y profundidad. Sabemos que ahí hay un saber hacer afinado, una identidad definida.

Lo mismo ocurre en la vida personal y profesional. Cuando intentamos saber un poco de todo, hacer de todo y estar en todos lados, corremos el riesgo de perdernos entre tanta información y tantas tareas inconclusas. Saber de muchas cosas no garantiza saber hacer. Jean Piaget mostraba que el aprendizaje real implica asimilación y acomodación, procesos que requieren tiempo, repetición y profundidad. Sin esos procesos, el conocimiento queda superficial, difícil de integrar y aún más difícil de poner en práctica cuando realmente se necesita.

Limitarse, entonces, no es caer en la mediocridad ni renunciar a la ambición. Es, más bien, un acto de responsabilidad con uno mismo. Implica preguntarse dónde quiero poner mi energía hoy, qué deseo construir a largo plazo y qué cosas, aunque interesantes, no son centrales en este momento de mi vida. Desde una mirada psicoanalítica, también es una forma de asumir la castración simbólica: aceptar que no podemos serlo todo ni tenerlo todo, y que justamente en esa falta se organiza el deseo.

Poner límites, elegir menos y profundizar más permite un crecimiento más sólido y más habitable. Un crecimiento que no se mide por la cantidad de cosas que hacemos, sino por la coherencia entre lo que deseamos, lo que elegimos y lo que efectivamente podemos sostener en el tiempo. A veces, crecer no es expandirse sin fin, sino encontrar un marco claro dentro del cual desplegarse con mayor libertad.

-Français-

À première vue, l’idée que se limiter puisse être une forme de croissance peut sembler contradictoire. À une époque qui valorise le « tout est possible », le « fais tout » et le « ne te mets pas de limites », parler de limites ressemble presque à une invitation au renoncement. Pourtant, lorsqu’on observe l’expérience humaine avec un peu plus de profondeur, une autre vérité apparaît : toutes les limites n’appauvrissent pas ; certaines, au contraire, organisent, soutiennent et rendent la croissance possible.

Lorsque nous parlons de se limiter, il ne s’agit ni de résignation ni de réduire ses désirs. Il s’agit plutôt de reconnaître une réalité fondamentale : nous pouvons faire beaucoup de choses, mais pas toutes en même temps. Le psychisme humain dispose de ressources limitées en termes d’énergie, d’attention et de disponibilité émotionnelle. Freud parlait déjà d’économie psychique pour décrire la manière dont notre énergie mentale se distribue et s’épuise. Lorsque nous tentons d’embrasser trop de choses à la fois, cette énergie se disperse, et ce qui apparaît alors n’est pas la croissance, mais la fatigue, la frustration et, bien souvent, le sentiment d’être toujours « à moitié ».

Dans la vie quotidienne, cela se manifeste très clairement. Il y a des moments où nous voulons être performants au travail, prendre soin de nos relations, faire du sport, étudier, lancer de nouveaux projets, être disponibles pour les autres et, en plus, tout faire parfaitement. Le résultat est souvent un agenda surchargé et un sentiment intérieur de vide ou d’épuisement. Se limiter, dans ce contexte, ne signifie pas abandonner, mais choisir. Choisir ce qui est prioritaire maintenant, ce qui peut attendre et ce qui mérite réellement notre investissement en temps et en énergie.

Donald Winnicott soulignait l’importance d’un environnement « suffisamment bon ». Pas parfait, pas illimité, mais suffisamment stable et clair pour permettre le développement. Il en va de même pour nos choix : lorsque le champ est trop vaste, il devient chaotique ; lorsqu’il est délimité, il devient habitable. Autrement dit, grandir n’implique pas toujours d’ajouter, mais parfois de soustraire.

Un exemple simple permet de mieux comprendre. Si vous avez envie de manger italien, quel endroit choisiriez-vous ? Un restaurant spécialisé dans la cuisine italienne ou un restaurant qui propose à la fois des plats italiens, grecs, espagnols et français ? La plupart des personnes opteraient pour le premier. Non pas parce que le second serait nécessairement mauvais, mais parce que la spécialisation évoque la cohérence, la clarté et la profondeur. On y perçoit un savoir-faire affiné, une identité définie.

Il en va de même dans la vie personnelle et professionnelle. Lorsque nous cherchons à tout savoir un peu, à tout faire et à être partout, nous risquons de nous perdre dans un excès d’informations et de tâches inachevées. Savoir beaucoup de choses ne garantit pas savoir faire. Jean Piaget montrait que l’apprentissage réel implique des processus d’assimilation et d’accommodation, qui demandent du temps, de la répétition et de la profondeur. Sans ces processus, le savoir reste superficiel, difficile à intégrer et encore plus difficile à mobiliser lorsqu’il est réellement nécessaire.

Se limiter n’est donc ni céder à la médiocrité ni renoncer à l’ambition. C’est plutôt un acte de responsabilité envers soi-même. Cela implique de se demander où je souhaite investir mon énergie aujourd’hui, ce que je veux construire à long terme et quelles choses, bien qu’intéressantes, ne sont pas centrales à ce moment de ma vie. D’un point de vue psychanalytique, c’est aussi une manière d’assumer la castration symbolique : accepter que nous ne pouvons pas tout être ni tout avoir, et que c’est précisément dans ce manque que le désir s’organise.

Mettre des limites, choisir moins et approfondir davantage permet une croissance plus solide et plus habitable. Une croissance qui ne se mesure pas à la quantité de choses que nous faisons, mais à la cohérence entre ce que nous désirons, ce que nous choisissons et ce que nous sommes réellement capables de soutenir dans le temps. Parfois, grandir ne consiste pas à s’étendre à l’infini, mais à trouver un cadre clair à l’intérieur duquel se déployer avec plus de liberté.

-English-

At first glance, the idea that limiting oneself can be a form of growth may sound contradictory. In a time that celebrates “everything is possible,” “do it all,” and “don’t set limits,” talking about limits can feel almost like an invitation to give up. Yet, when we look at human experience with a bit more depth, another truth emerges: not every limit impoverishes us; some limits, on the contrary, organize, support, and make growth possible.

When we speak of limiting oneself, we are not referring to resignation or shrinking one’s desires. Rather, it is about acknowledging a basic reality: we can do many things, but not everything at the same time. The human psyche has finite resources of energy, attention, and emotional availability. Freud already spoke of psychic economy to describe how our mental energy is distributed and depleted. When we try to take on too much, that energy becomes scattered, and what appears is not growth, but exhaustion, frustration, and often the feeling of always being “halfway there.”

In everyday life, this becomes very clear. There are moments when we want to perform at our best at work, take care of our relationships, exercise, study, start new projects, be available to others, and, on top of that, do everything well. The result is often an overfilled schedule and an inner sense of emptiness or burnout. Limiting oneself, in this context, does not mean giving up, but choosing. Choosing what is a priority now, what can wait, and what truly deserves our investment of time and energy.

Donald Winnicott spoke about the importance of a “good enough” environment. Not perfect, not unlimited, but stable and clear enough to allow development. Something similar happens with our choices: when the field is too wide, it becomes chaotic; when it is delimited, it becomes livable. In other words, growth does not always mean adding more; sometimes it means subtracting.

A simple example helps illustrate this. If you feel like eating Italian food, which place would you choose? A restaurant specialized in Italian cuisine, or one that offers Italian, Greek, Spanish, and French dishes all at once? Most people would choose the first. Not because the second is necessarily bad, but because specialization conveys coherence, clarity, and depth. We sense refined know-how and a defined identity.

The same applies to personal and professional life. When we try to know a little about everything, do everything, and be everywhere, we risk getting lost in an excess of information and unfinished tasks. Knowing many things does not guarantee knowing how to do. Jean Piaget showed that real learning involves processes of assimilation and accommodation, which require time, repetition, and depth. Without these processes, knowledge remains superficial, difficult to integrate, and even harder to apply when it is truly needed.

Limiting oneself, then, is not about falling into mediocrity or giving up ambition. Rather, it is an act of responsibility toward oneself. It means asking where I want to place my energy today, what I want to build in the long term, and which things, although interesting, are not central at this moment in my life. From a psychoanalytic perspective, it is also a way of assuming symbolic castration: accepting that we cannot be everything or have everything, and that it is precisely within this lack that desire is organized.

Setting limits, choosing less, and going deeper allows for a more solid and more livable form of growth. A growth that is not measured by the number of things we do, but by the coherence between what we desire, what we choose, and what we are truly able to sustain over time. Sometimes, growing is not about expanding endlessly, but about finding a clear framework within which we can unfold with greater freedom.

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