De psicóloga y migrante… / En tant que psychologue et migrante… / As a psychologist and immigrant person…

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De psicóloga y migrante aprendí…

Ser migrante no es solo cambiar de país. Es cambiar de coordenadas internas. Es moverse por dentro mientras todo alrededor también se mueve. A lo largo de mi propio recorrido migratorio —y de mi práctica como psicóloga migrante trabajando con personas migrantes— he ido comprendiendo que migrar no es un evento puntual, sino un proceso psíquico profundo que transforma la identidad, la forma de vincularse y la manera de habitar el mundo.

Migrar me ha enseñado, ante todo, a mirar las trayectorias con más delicadeza. Tendemos a hablar de “los migrantes” como si fuera una categoría homogénea, pero la experiencia clínica y humana muestra exactamente lo contrario: todos migramos por razones distintas, desde lugares emocionales distintos y con recursos internos distintos. Algunos parten desde el deseo, la curiosidad o una oportunidad. Otros parten desde la urgencia, la necesidad o la supervivencia. No es lo mismo elegir irse que tener que irse. Y sin embargo, ninguna experiencia es más “válida” que otra: cada historia tiene su peso subjetivo y su verdad emocional.

He aprendido también que no existe una forma correcta de vivir la migración. Hay quien la vive como expansión, quien la vive como duelo, y quien la vive —muchas veces— como ambas cosas al mismo tiempo. Porque migrar implica ganar y perder. Se gana mundo, experiencia, amplitud, pero también se pierde cercanía, referencias, lengua emocional, pertenencia inmediata. El psiquismo tiene que hacer un trabajo constante de traducción: traducir códigos culturales, normas sociales, gestos, silencios, humor, modos de relación. Y ese trabajo invisible cansa.

Cambiar de entorno, de idioma y de cultura exige una enorme plasticidad psíquica. Obliga a desarrollar recursos que quizás nunca antes habían sido necesarios: tolerancia a la incertidumbre, capacidad de adaptación, manejo de la frustración, reconstrucción de redes de apoyo. La migración confronta con la propia vulnerabilidad, pero también revela fortalezas que uno no sabía que tenía. Muchas veces he visto —y vivido— cómo la persona migrante se vuelve más creativa, más resolutiva y más consciente de su propia capacidad de sostenerse.

Al mismo tiempo, sería poco honesto romantizar el proceso. La burocracia, la inestabilidad administrativa, las barreras laborales y la discriminación desgastan. Generan ansiedad, sensación de injusticia y, a veces, una herida narcisista: sentirse reducido a “el extranjero”, “el diferente”, “el que no es de aquí”. Estas experiencias dejan marca. Por eso el acompañamiento psicológico en procesos migratorios no es un lujo, sino muchas veces una necesidad de sostén y simbolización.

Algo que me conmueve profundamente es el respeto que he desarrollado por quienes migramos. Porque, a pesar de las trabas, de los duelos silenciosos y de las veces en que somos mirados con prejuicio, seguimos apostando por la vida. Seguimos formándonos, trabajando, creando vínculos, soñando proyectos. Migrar es, en muchos sentidos, un acto de esperanza encarnada.

También he comprendido el valor terapéutico del encuentro. Encontrar personas del mismo origen puede ofrecer un espejo y un descanso: no tener que explicar tanto, sentirse entendido desde códigos compartidos. Y encontrar personas locales abiertas y genuinamente acogedoras permite algo igual de importante: construir pertenencia nueva. Entre ambos movimientos —conservar raíces y crear nuevas— se va tejiendo un segundo hogar psíquico.

Migrar no debería exigir borrar quién uno es para poder integrarse. Al contrario: la integración más sana ocurre cuando se puede sumar sin anularse, adaptarse sin desaparecer. Crear hogar lejos no significa traicionar el origen, sino expandir la identidad. Es aprender a decir: soy de aquí y de allá, y ambas cosas pueden convivir.

Si algo sostengo hoy, como psicóloga y como migrante, es esto: tu forma de vivir tu proceso migratorio te pertenece. No necesita compararse ni justificarse. Merece respeto, escucha y reconocimiento. Porque detrás de cada historia migratoria hay una reorganización profunda del ser —y eso, siempre, es un trabajo valiente.

De psychologue et migrante, j’ai appris…

Être migrante, ce n’est pas seulement changer de pays. C’est changer de coordonnées internes. C’est se déplacer à l’intérieur de soi pendant que tout bouge aussi à l’extérieur. Au fil de mon propre parcours migratoire — et de ma pratique comme psychologue migrante travaillant avec des personnes migrantes — j’ai compris que migrer n’est pas un événement ponctuel, mais un processus psychique profond qui transforme l’identité, la manière de créer du lien et la façon d’habiter le monde.

Migrer m’a appris avant tout à regarder les trajectoires avec plus de délicatesse. On parle souvent « des migrants » comme d’une catégorie homogène, mais l’expérience clinique et humaine montre exactement l’inverse : nous migrons tous pour des raisons différentes, depuis des lieux émotionnels différents et avec des ressources internes différentes. Certains partent par désir, curiosité ou opportunité. D’autres partent par urgence, nécessité ou survie. Ce n’est pas la même chose de choisir de partir que d’y être contraint. Et pourtant, aucune expérience n’est plus “valable” qu’une autre : chaque histoire a son poids subjectif et sa vérité émotionnelle.

J’ai aussi appris qu’il n’existe pas une seule bonne manière de vivre la migration. Certains la vivent comme une expansion, d’autres comme un deuil, et beaucoup comme les deux à la fois. Car migrer implique des gains et des pertes. On gagne en monde, en expérience, en ouverture, mais on perd aussi de la proximité, des repères, une langue affective, un sentiment d’appartenance immédiat. Le psychisme doit effectuer un travail constant de traduction : traduire les codes culturels, les normes sociales, les gestes, les silences, l’humour, les modes relationnels. Et ce travail invisible épuise.

Changer d’environnement, de langue et de culture demande une grande plasticité psychique. Cela oblige à développer des ressources parfois jamais mobilisées auparavant : tolérance à l’incertitude, capacité d’adaptation, gestion de la frustration, reconstruction d’un réseau de soutien. La migration confronte à la vulnérabilité, mais elle révèle aussi des forces invisibles. J’ai vu — et vécu — combien les personnes migrantes deviennent souvent plus créatives, plus débrouillardes et plus conscientes de leur capacité à se soutenir elles-mêmes.

En même temps, il serait peu juste de romantiser ce processus. La bureaucratie, l’instabilité administrative, les barrières professionnelles et la discrimination fatiguent. Elles génèrent de l’anxiété, un sentiment d’injustice et parfois une blessure narcissique : être réduit à « l’étranger », « le différent », « celui qui n’est pas d’ici ». Ces expériences laissent des traces. C’est pourquoi l’accompagnement psychologique dans les parcours migratoires n’est pas un luxe, mais souvent un véritable soutien nécessaire à l’élaboration.

Ce qui me touche profondément, c’est le respect que j’ai développé pour celles et ceux qui migrent. Malgré les obstacles, les deuils silencieux et les regards empreints de préjugés, nous continuons à parier sur la vie. Nous continuons à nous former, à travailler, à créer du lien, à rêver de projets. Migrer est, à bien des égards, un acte d’espoir incarné.

J’ai aussi compris la valeur thérapeutique de la rencontre. Retrouver des personnes de la même origine peut offrir un miroir et un repos : ne pas avoir à tout expliquer, se sentir compris à travers des codes partagés. Et rencontrer des personnes locales ouvertes et accueillantes permet quelque chose d’essentiel : construire un nouveau sentiment d’appartenance. Entre ces deux mouvements — préserver ses racines et en créer de nouvelles — se tisse un second foyer psychique.

Migrer ne devrait pas exiger d’effacer qui l’on est pour pouvoir s’intégrer. Au contraire : l’intégration la plus saine se produit lorsqu’on peut additionner sans s’annuler, s’adapter sans disparaître. Créer un foyer ailleurs ne signifie pas trahir son origine, mais élargir son identité. C’est pouvoir dire : je suis d’ici et de là-bas — et ces deux dimensions peuvent coexister.

S’il y a quelque chose que je soutiens aujourd’hui, comme psychologue et comme migrante, c’est ceci : ta manière de vivre ton processus migratoire t’appartient. Elle n’a pas besoin d’être comparée ni justifiée. Elle mérite respect, écoute et reconnaissance. Car derrière chaque histoire migratoire, il y a une profonde réorganisation de l’être — et cela est toujours un acte de courage.

What I’ve learned as a psychologist and a migrant…

Being a migrant is not just about changing countries. It is about changing internal coordinates. It is an inner displacement while everything outside is also shifting. Through my own migratory journey — and through my work as a migrant psychologist supporting migrant clients — I have come to understand that migration is not a single event, but a deep psychological process that reshapes identity, relationships, and the way one inhabits the world.

Migration has taught me, above all, to look at personal trajectories with greater care and nuance. We often speak about “migrants” as if they were a uniform group, yet both clinical and human experience show the opposite: we migrate for different reasons, from different emotional starting points, and with different internal resources. Some leave driven by desire, curiosity, or opportunity. Others leave out of urgency, necessity, or survival. Choosing to leave is not the same as having to leave. And yet no experience is more “valid” than another — each story carries its own subjective weight and emotional truth.

I have also learned that there is no single correct way to experience migration. Some experience it as expansion, others as grief, and many — often — as both at once. Because migration involves both gains and losses. One gains worldliness, experience, perspective — but also loses closeness, familiar reference points, emotional language, and immediate belonging. The psyche must engage in constant translation work: translating cultural codes, social norms, gestures, silences, humor, and relational styles. And this invisible work is exhausting.

Changing environment, language, and culture requires strong psychological flexibility. It calls for resources that may never have been needed before: tolerance for uncertainty, adaptability, frustration management, and the rebuilding of support networks. Migration confronts vulnerability, but it also reveals unexpected strengths. I have seen — and lived — how migrants often become more creative, more resourceful, and more aware of their own capacity to sustain themselves.

At the same time, it would be misleading to romanticize the process. Bureaucracy, administrative instability, professional barriers, and discrimination wear people down. They generate anxiety, feelings of injustice, and sometimes a narcissistic wound: being reduced to “the foreigner,” “the different one,” “the one who is not from here.” These experiences leave psychological marks. That is why psychological support in migration processes is not a luxury, but often a necessary space for containment and meaning-making.

One thing that deeply moves me is the respect I have developed for those who migrate. Despite obstacles, silent grief, and prejudice, we continue to choose life forward. We continue studying, working, building relationships, and dreaming of projects. Migration is, in many ways, hope put into action.

I have also come to value the therapeutic power of encounter. Meeting people from one’s own background can provide mirroring and relief — not having to explain everything, feeling understood through shared codes. And meeting open, welcoming locals allows something equally essential: building new belonging. Between these two movements — preserving roots and creating new ones — a second psychological home is formed.

Migration should not require erasing who you are in order to integrate. On the contrary, the healthiest integration happens when you can add without canceling yourself, adapt without disappearing. Creating a home elsewhere does not mean betraying your origin — it means expanding your identity. It is being able to say: I am from here and from there — and both can coexist.

If there is one thing I stand by today, as both psychologist and migrant, it is this: your way of living your migration process belongs to you. It does not need comparison or justification. It deserves respect, listening, and recognition. Because behind every migration story there is a deep reorganization of the self — and that is always an act of courage.

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