Abundancia - Abondance - Aboundance

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La abundancia

La abundancia no empieza en la cuenta bancaria: empieza en la mirada. No es primero una cifra, es una experiencia subjetiva. Es una forma de percibir la vida, de habitar lo que somos y lo que ya está. Hay personas con mucho que viven en sensación de carencia constante, y otras con recursos limitados que irradian plenitud. La diferencia no está solo en lo que poseen, sino en el lugar psíquico desde donde se relacionan con lo que tienen.

Sentirse abundante es, en esencia, un acto de conciencia. Es poder detenerse y reconocer: hay algo que ya está sostenido. Un cuerpo que respira, un lugar donde dormir, alimento, vínculos, palabras, oportunidades — incluso si son pequeñas — de volver a intentar. Desde la psicología, sabemos que la mente no registra la realidad de forma neutra: selecciona. Atiende. Resalta. Filtra. William James ya señalaba que la experiencia está determinada por aquello a lo que prestamos atención. Donde ponemos el foco, se organiza nuestra vivencia. Si el foco está siempre en lo que falta, la vida se siente insuficiente. Si el foco incluye lo que ya existe, emerge la sensación de base, de sostén, de “hay”.

La gratitud no es ingenuidad ni negación del dolor. No es pensamiento mágico vacío. Es una práctica psíquica de integración. Melanie Klein hablaba de la gratitud como una capacidad madura del psiquismo: poder reconocer lo recibido sin quedar atrapado en la envidia o la comparación. Agradecer no es conformarse: es reconocer el valor de lo presente para poder desear sin desesperación. La gratitud organiza internamente, calma la urgencia, permite construir en lugar de correr detrás de un vacío.

Desde otra perspectiva, la psicología humanista también ha subrayado que la sensación de plenitud no surge cuando “no falta nada”, sino cuando hay coherencia entre lo que somos, lo que hacemos y lo que valoramos. Sentirse rico es sentirse alineado. Es poder decir: lo que hago tiene sentido para mí. Mi esfuerzo vale. Mi camino cuenta. La abundancia entonces deja de ser acumulación y pasa a ser significado.

Hay también algo profundamente simbólico — casi mágico — en el agradecimiento: transforma la relación con la realidad. No cambia necesariamente las circunstancias externas de inmediato, pero modifica la posición interna. Y cuando cambia la posición interna, cambian las decisiones, la energía disponible, la creatividad y la apertura a nuevas posibilidades. No es que “pensar en abundancia trae abundancia” de manera literal, sino que una mente que se siente sostenida arriesga más, crea más, comparte más y se mueve con menos miedo. Y eso, en la práctica, produce expansión.

Desde el psicoanálisis podríamos decir que la sensación de abundancia está ligada a la experiencia interna de objeto bueno: haber podido introyectar experiencias de cuidado, de sostén, de “hay para mí”. Cuando esa huella existe, el mundo no se vive como pura escasez. Se puede desear sin sentir que el otro me quita. Se puede crecer sin sentir que pierdo. Se puede dar sin sentir que me vacío.

La abundancia cotidiana es silenciosa y concreta: pagar el supermercado, tener agua caliente, un mensaje de alguien que nos quiere, poder aprender algo nuevo, tener trabajo, poder descansar, tener a quién llamar, poder empezar otra vez. No es espectacular, pero es profundamente estructurante. Y cuando se la nombra, se la reconoce y se la simboliza, deja de ser invisible.

Quizás la verdadera riqueza no sea tener más, sino poder ver más de lo que ya tenemos. Poder habitarlo. Poder sentirlo. Porque cuando lo que ya está adquiere valor psíquico, deja de ser “poco” y se vuelve base. Y desde una base, siempre se construye mejor que desde un abismo.

La abundancia, entonces, no es solo un resultado: es también una práctica interior. Una forma de mirar. Una disciplina emocional. Un acto de amor hacia la propia vida tal como hoy existe — no perfecta, no completa — pero viva, disponible y en movimiento. Y desde ahí, paradójicamente, es desde donde más crece.

L’abondance

L’abondance ne commence pas sur un compte bancaire : elle commence dans le regard. Ce n’est pas d’abord un chiffre, c’est une expérience subjective. C’est une manière de percevoir la vie, d’habiter ce que nous sommes et ce qui est déjà là. Certaines personnes possèdent beaucoup mais vivent dans un sentiment constant de manque, tandis que d’autres, avec peu de ressources, dégagent une réelle plénitude. La différence ne tient pas seulement à ce qu’elles ont, mais à la position psychique depuis laquelle elles se relient à ce qu’elles ont.

Se sentir abondant est, au fond, un acte de conscience. C’est pouvoir s’arrêter et reconnaître : quelque chose me soutient déjà. Un corps qui respire, un endroit où dormir, de la nourriture, des liens, des mots, des opportunités — même petites — de recommencer. En psychologie, nous savons que l’esprit ne perçoit pas la réalité de façon neutre : il sélectionne, il filtre, il met en relief. William James soulignait déjà que l’expérience dépend de ce à quoi nous prêtons attention. Là où va notre attention, notre vécu s’organise. Si le regard se fixe uniquement sur ce qui manque, la vie paraît insuffisante. S’il inclut aussi ce qui est déjà présent, un sentiment de base et de soutien émerge.

La gratitude n’est ni naïveté ni déni de la douleur. Ce n’est pas une pensée magique vide. C’est une pratique psychique d’intégration. Melanie Klein parlait de la gratitude comme d’une capacité mature du psychisme : pouvoir reconnaître ce qui est reçu sans rester prisonnier de l’envie ou de la comparaison. Remercier ne signifie pas se résigner : c’est reconnaître la valeur de ce qui est là pour pouvoir désirer sans désespoir. La gratitude organise intérieurement, apaise l’urgence, et permet de construire plutôt que de courir derrière un vide.

La psychologie humaniste souligne également que le sentiment de plénitude ne naît pas quand « rien ne manque », mais quand il y a cohérence entre ce que nous sommes, ce que nous faisons et ce que nous valorisons. Se sentir riche, c’est se sentir aligné. Pouvoir dire : ce que je fais a du sens pour moi. Mon effort compte. Mon chemin a une valeur. L’abondance cesse alors d’être accumulation pour devenir signification.

Il y a aussi quelque chose de profondément symbolique — presque magique — dans la gratitude : elle transforme la relation à la réalité. Elle ne change pas toujours immédiatement les circonstances extérieures, mais elle modifie la position intérieure. Et quand la position intérieure change, les décisions, l’énergie disponible, la créativité et l’ouverture aux possibilités changent aussi. Ce n’est pas que « penser abondance crée l’abondance » de façon littérale, mais un esprit qui se sent soutenu ose davantage, crée davantage, partage davantage et agit avec moins de peur. Et cela, concrètement, produit de l’expansion.

D’un point de vue psychanalytique, le sentiment d’abondance est lié à l’expérience interne de l’objet bon : avoir pu introjecter des expériences de soin et de soutien, l’empreinte d’un « il y a pour moi ». Quand cette trace existe, le monde n’est pas vécu comme pure pénurie. On peut désirer sans sentir que l’autre nous enlève. Grandir sans se sentir amputé. Donner sans se sentir vidé.

L’abondance quotidienne est silencieuse et concrète : pouvoir payer ses courses, avoir de l’eau chaude, recevoir un message d’une personne aimée, apprendre quelque chose de nouveau, travailler, se reposer, appeler quelqu’un, recommencer encore. Ce n’est pas spectaculaire, mais profondément structurant. Et quand on la nomme et la symbolise, elle cesse d’être invisible.

La vraie richesse n’est peut-être pas d’avoir plus, mais de voir davantage ce que nous avons déjà. Pouvoir l’habiter. Le ressentir. Car lorsque ce qui est déjà là acquiert une valeur psychique, cela cesse d’être « peu » et devient une base. Et on construit toujours mieux depuis une base que depuis un abîme.

L’abondance n’est donc pas seulement un résultat : c’est aussi une pratique intérieure. Une façon de regarder. Une discipline émotionnelle. Un acte d’amour envers sa propre vie telle qu’elle existe aujourd’hui — imparfaite, incomplète — mais vivante, disponible et en mouvement. Et c’est précisément de là qu’elle grandit le plus.

Aboundance

Abundance does not begin in a bank account — it begins in perception. It is not first a number, but a subjective experience. It is a way of seeing life, of inhabiting who we are and what is already here. Some people have a great deal yet live with a constant sense of lack, while others with limited resources radiate fullness. The difference lies not only in what they possess, but in the psychological position from which they relate to what they have.

Feeling abundant is, at its core, an act of awareness. It is the ability to pause and recognize: something is already holding me. A breathing body, a place to sleep, food, relationships, words, opportunities — even small ones — to try again. Psychology shows us that the mind does not register reality neutrally: it selects, filters, and highlights. William James noted that experience is shaped by what we pay attention to. Where attention goes, experience organizes itself. If focus rests only on what is missing, life feels insufficient. If it also includes what is present, a sense of ground and support emerges.

Gratitude is not naïveté nor denial of pain. It is not empty magical thinking. It is a psychological practice of integration. Melanie Klein described gratitude as a mature psychic capacity: the ability to recognize what has been received without being trapped in envy or comparison. Gratitude is not resignation — it is acknowledging the value of what exists so that desire can live without despair. Gratitude organizes the inner world, calms urgency, and allows building instead of endlessly chasing a void.

Humanistic psychology also emphasizes that fullness does not arise when “nothing is missing,” but when there is coherence between who we are, what we do, and what we value. Feeling rich is feeling aligned. Being able to say: what I do has meaning for me. My effort matters. My path counts. Abundance then stops being accumulation and becomes meaning.

There is also something deeply symbolic — almost magical — about gratitude: it transforms our relationship with reality. It may not immediately change external circumstances, but it shifts inner position. And when inner position shifts, decisions, available energy, creativity, and openness to possibility shift as well. It is not that “thinking abundance creates abundance” in a literal sense, but a mind that feels supported dares more, creates more, shares more, and moves with less fear. In practice, that produces expansion.

From a psychoanalytic perspective, the sense of abundance is linked to the internal experience of the good object: having internalized experiences of care and support — the imprint of “there is for me.” When that trace exists, the world is not lived as pure scarcity. One can desire without feeling robbed. Grow without feeling diminished. Give without feeling emptied.

Everyday abundance is quiet and concrete: being able to pay for groceries, having hot water, receiving a loving message, learning something new, having work, being able to rest, having someone to call, being able to begin again. It is not spectacular, but it is deeply structuring. When it is named and symbolized, it stops being invisible.

Perhaps true wealth is not having more, but seeing more of what we already have. Being able to inhabit it. Feel it. When what is already present gains psychological value, it stops being “little” and becomes a foundation. And we always build better from a foundation than from an abyss.

Abundance, then, is not only an outcome — it is also an inner practice. A way of seeing. An emotional discipline. An act of love toward one’s life as it exists today — imperfect, incomplete — yet alive, available, and in motion. And from that place, paradoxically, it is where it grows the most.

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