Objeto transitional - Objet transitionnel - Transitionnal object

El objeto transicional: ese puente entre el otro y uno mismo

Cuando somos pequeños —incluso desde bebés— solemos elegir un objeto especial: un peluche, una manta, un trozo de tela. Algo que nos acompaña a todas partes y del que no queremos separarnos. No es un objeto cualquiera: es “ese” objeto. Aquel que calma, que tranquiliza, que está presente cuando el mundo se vuelve demasiado grande. Al crecer, este vínculo no desaparece del todo. A veces se transforma. Ese objeto puede ser reemplazado por otros más acordes a nuestra etapa de vida: una prenda de ropa, una canción, el teléfono móvil. Cambia la forma, pero la función permanece.

Un ejemplo lo encontramos en Linus van Pelt, el personaje de Peanuts, inseparable de su mantita, que le brinda seguridad en cualquier situación. O en el libro The Velveteen Rabbit de Margery Williams, donde un conejo de peluche cobra vida simbólicamente a través del amor de un niño. En esta historia, el objeto deja de ser simplemente algo material para convertirse en un soporte emocional profundo, cargado de afecto, presencia y significado.

Es precisamente este tipo de experiencia la que llevó a Winnicott, pediatra y psicoanalista británico, a desarrollar el concepto de “objeto transicional”. Winnicott describe cómo el bebé, en sus primeros momentos de vida, vive en una ilusión de omnipotencia: siente que sus necesidades crean el mundo. La madre —o quien cumpla esa función—, al responder de manera suficientemente ajustada, sostiene esta ilusión inicial. Sin embargo, poco a poco, el bebé comienza a descubrir que no controla todo. Que el otro existe, que hay una separación. Es en este proceso —del vínculo hacia la diferenciación— donde emerge el objeto transicional. Este objeto permite al bebé tolerar la distancia, la ausencia, la frustración. Funciona como un puente que no es completamente interno ni totalmente externo. Se sitúa en un espacio intermedio, un “entre dos” donde el niño comienza a construirse como sujeto, como persona individual. Gracias a este objeto, el bebé puede apropiarse del espacio, explorar, separarse sin perder del todo el vínculo. Le ayuda a calmar la angustia, a atravesar el miedo, a comenzar a estar solo… sin estar completamente solo.

Ahora bien, este proceso no ocurre en el vacío. Para que un objeto pueda adquirir esta función transicional, es fundamental que haya existido una base de apego suficientemente segura. Un entorno que haya sido “suficientemente bueno”. Cuando el apego es inseguro o ambivalente, este espacio intermedio se vuelve más difícil de construir. La psique queda demasiado capturada por la ansiedad, la incertidumbre o el miedo al otro. Autores como Melanie Klein y Wilfred Bion ya subrayaban la importancia del vínculo temprano en la constitución del mundo interno. Para que el bebé pueda abrirse al mundo, este debe sentirse, primero, como un lugar suficientemente acogedor.

Y aunque solemos asociar el objeto transicional con la infancia, lo cierto es que no desaparece en la vida adulta. Se transforma, se desplaza, se complejiza. Puede que aún conservemos ese peluche o esa manta, pero también encontramos nuevas formas como la música, el arte, la escritura, ciertas rutinas, incluso el teléfono móvil. Todos ellos pueden funcionar como reguladores emocionales, como acompañantes silenciosos en momentos de transición, de cambio o de dificultad. Son, en cierto modo, formas contemporáneas de ese primer “objeto” que nos ayudó a separarnos sin sentirnos perdidos. En el fondo, seguimos buscando —de distintas maneras— algo que nos sostenga en los momentos en los que el mundo se vuelve incierto. Algo que, sin ser completamente nosotros ni completamente el otro, nos permita habitar ese espacio intermedio donde, una y otra vez, nos vamos construyendo.

L’objet transitionnel : ce pont entre l’autre et soi-même

Lorsque nous sommes petits — dès les premiers moments de la vie — nous choisissons souvent un objet particulier : une peluche, une couverture, un morceau de tissu. Quelque chose qui nous accompagne partout et dont nous ne voulons pas nous séparer. Ce n’est pas un objet quelconque : c’est “cet” objet. Celui qui apaise, qui rassure, qui est présent lorsque le monde devient trop grand. En grandissant, ce lien ne disparaît pas complètement. Il se transforme parfois. Cet objet peut être remplacé par d’autres, plus adaptés à notre étape de vie : un vêtement, une chanson, le téléphone portable. La forme change, mais la fonction demeure.

Un exemple bien connu est celui de Linus van Pelt, dans Peanuts, inséparable de sa couverture qui lui procure un sentiment de sécurité en toute circonstance. Ou encore dans le livre The Velveteen Rabbit de Margery Williams, où un lapin en peluche prend vie symboliquement à travers l’amour d’un enfant. Dans cette histoire, l’objet cesse d’être simplement matériel pour devenir un véritable support émotionnel, chargé d’affect, de présence et de sens. C’est précisément ce type d’expérience qui a conduit Winnicott, pédiatre et psychanalyste britannique, à élaborer le concept d’« objet transitionnel ». Winnicott décrit comment le bébé, dans les premiers temps de la vie, vit dans une illusion d’omnipotence : il a le sentiment que ses besoins créent le monde. La mère — ou la personne qui en tient la fonction —, en répondant de manière suffisamment ajustée, soutient cette illusion initiale.

Cependant, progressivement, le bébé découvre qu’il ne contrôle pas tout. Que l’autre existe, qu’il y a une séparation. C’est dans ce processus — du lien vers la différenciation — qu’émerge l’objet transitionnel. Cet objet permet au bébé de tolérer la distance, l’absence, la frustration. Il fonctionne comme un pont qui n’est ni totalement interne ni entièrement externe. Il se situe dans un espace intermédiaire, un « entre-deux », où l’enfant commence à se construire comme sujet, comme individu. Grâce à cet objet, le bébé peut s’approprier l’espace, explorer, se séparer sans perdre totalement le lien. Il l’aide à apaiser l’angoisse, à traverser la peur, à commencer à être seul… sans être complètement seul.

Ce processus ne se fait pas dans le vide. Pour qu’un objet puisse acquérir cette fonction transitionnelle, il est essentiel qu’il y ait eu une base d’attachement suffisamment sécurisante. Un environnement « suffisamment bon ». Lorsque l’attachement est insécure ou ambivalent, cet espace intermédiaire devient plus difficile à construire. La psyché se trouve alors trop marquée par l’anxiété, l’incertitude ou la peur de l’autre. Des auteurs comme Melanie Klein et Wilfred Bion ont déjà souligné l’importance du lien précoce dans la construction du monde interne. Pour que le bébé puisse s’ouvrir au monde, celui-ci doit d’abord être ressenti comme un lieu suffisamment accueillant.

Et bien que l’on associe souvent l’objet transitionnel à l’enfance, il ne disparaît pas à l’âge adulte. Il se transforme, se déplace, se complexifie. Nous pouvons encore conserver cette peluche ou cette couverture, mais nous trouvons aussi de nouvelles formes : la musique, l’art, l’écriture, certaines routines, ou même le téléphone portable. Tous peuvent fonctionner comme des régulateurs émotionnels, comme des compagnons silencieux dans les moments de transition, de changement ou de difficulté. Ils constituent, d’une certaine manière, des formes contemporaines de ce premier « objet » qui nous a aidés à nous séparer sans nous sentir perdus. Au fond, nous continuons à chercher — de différentes manières — quelque chose qui nous soutienne lorsque le monde devient incertain. Quelque chose qui, sans être complètement nous ni complètement l’autre, nous permette d’habiter cet espace intermédiaire où, encore et encore, nous nous construisons.

🇬🇧 The Transitional Object: A Bridge Between the Other and the Self

When we are малень— even from the earliest moments of life — we often choose a special object: a stuffed toy, a blanket, a piece of fabric. Something that follows us everywhere and that we do not want to part with. It is not just any object: it is that object. The one that soothes, comforts, and remains present when the world feels too overwhelming. As we grow, this bond does not completely disappear. It sometimes transforms. This object may be replaced by others that better suit our stage in life: a piece of clothing, a song, a mobile phone. The form changes, but the function remains.

A well-known example can be found in Linus van Pelt from Peanuts, inseparable from his blanket, which provides him with a sense of security wherever he goes. Or in the book The Velveteen Rabbit by Margery Williams, where a stuffed rabbit symbolically comes to life through a child’s love. In this story, the object ceases to be merely material and becomes a deeply meaningful emotional support, filled with affection, presence, and significance. It is precisely this kind of experience that led Winnicott, a British pediatrician and psychoanalyst, to develop the concept of the “transitional object.” Winnicott describes how the infant, in the earliest stages of life, lives in an illusion of omnipotence: they feel that their needs create the world. The mother — or whoever fulfills this role — by responding in a sufficiently attuned way, sustains this initial illusion. However, gradually, the baby begins to discover that they do not control everything. That the other exists, that there is a separation. It is within this process — from connection to differentiation — that the transitional object emerges. This object allows the baby to tolerate distance, absence, and frustration. It functions as a bridge that is neither entirely internal nor fully external. It exists in an intermediate space, an “in-between,” where the child begins to build themselves as a subject, as an individual.

Through this object, the baby can appropriate space, explore, and separate without entirely losing the bond. It helps soothe anxiety, navigate fear, and begin to be alone… without being completely alone. This process does not occur in a vacuum. For an object to take on this transitional function, a sufficiently secure attachment base must have been present. An environment that is “good enough.” When attachment is insecure or ambivalent, this intermediate space becomes harder to construct. The psyche becomes too shaped by anxiety, uncertainty, or fear of the other. Thinkers such as Melanie Klein and Wilfred Bion already emphasized the importance of early relationships in shaping the internal world. For the baby to open up to the world, it must first be experienced as a sufficiently welcoming place.

Although we often associate transitional objects with childhood, they do not disappear in adulthood. They evolve, shift, and become more complex. We may still keep that stuffed toy or blanket, but we also find new forms: music, art, writing, certain routines, even the mobile phone. All of these can function as emotional regulators, as silent companions during moments of transition, change, or difficulty. In a way, they are contemporary versions of that first “object” that helped us separate without feeling lost. At a deeper level, we continue to search — in different ways — for something that can hold us when the world feels uncertain. Something that is neither entirely us nor entirely the other, but that allows us to inhabit that intermediate space where, again and again, we continue becoming ourselves.

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